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Une histoire comptée

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Une histoire comptée

Message  V.V.W le Lun 18 Sep - 18:34

Le 19/01/2014 à 23h

Bernard :
« Voir encore se lever une aube de printemps au bord de la rivière, lorsque l’eau est étale et que le reflet des saules se brise par le saut des poissons.
Tremper une ligne au flotteur minuscule, tenter une ablette d’argent par une larve qui cache l’hameçon.
Voir encore le flotteur brusquement disparaître d’un coup de nez de ce poisson méfiant.
Le voir onduler, accroché à la ligne et venir vers moi en balancier vivant.
Entendre le chant des oiseaux qui éveille les bois et voir passer le trait bleu d’un martin pêcheur affamé.
Des champs de fleurs qui s’éveillent au soleil et le bruissement des insectes qui butinent. »



Le 18/02/2014 20h20

Après une trop rapide conversation avec l’homme que j’aime, je me rends compte que j’ai oublié de lui poser une question ; j’envoie alors un mail de peur que le téléphone ne le dérange. Je connais sa fatigue extrême et se lever du canapé n’est que douleur.
Il m’a pourtant dit de l’appeler demain vers 9h ou 12h seulement sa fille sera demain après-midi à Albi et je sens bien qu’il profitera de son absence pour mettre en action son plan si souvent décrit.
J’ai le cœur qui va exploser… Hier soir, je n’ai pas trouvé le sommeil et ce soir, je dois dormir ; un somnifère m’y aidera. J’écris néanmoins le mail à 20h58 :

« Mon Magnifique,
Je voulais te demander l’autorisation d’écrire notre histoire d’amour. Je la trouve si extraordinaire, si magique, si belle, si inattendue que j’ai l’envie de la coucher avec respect sur du papier…
Je n’ai pas osé te rappeler sachant que tu es si fatigué.

Je t’embrasse avec tout l’amour possible.
Ta trottinette »



Le 18/02/2014 21h56

Bernard :
« Oui… Adieu »





Si seulement, je n’avais pas absorbé ce fichu somnifère, j’aurais lu ton message puisque je l’attendais emmitouflée dans un plaid sur le canapé, près de l’ordinateur. Malheureusement, le médicament avait déjà agi. Je ne l’ai vu qu’à 22h49 et j’ai répondu immédiatement :

« Mon Bel ami, pas adieu mais au revoir et de toutes manières, tu viendras me tirer les orteils en chuchotant d’une voix chevrotante mon prénom !!!
Je vous aime au-delà des mots et du temps…
N’oubliez jamais que nous ne faisons qu’un… L’Osmose !
Bisous Mon Magnifique.
A demain midi
Votre trottinette »


Le 19/02/2014

Non, finalement, il n'y eut jamais de demain midi mais un 9h30, heure où Leila m'a annoncé que votre corps avait été découvert près de votre voiture encore allumée, hier soir à 23h45.
Votre plan si simple, si souvent évoqué...
Oui, vous avez eu l'immense courage d'appuyer sur la gâchette pour vous éviter encore des souffrances inutiles ; la dame ne vous a donc pas imposé la coupe de sa faux, vous l’avez devancée...
« Nous naissons seuls, nous mourons seuls » disiez-vous et vous rajoutiez « Ni Dieu, ni Maître ; je serai le seul responsable de ma mort, je choisirai le moment et le lieu... » et encore « On nait de hasard et on meurt de hasard »

Tu n'as pas lu mon dernier mail ; tu devais encore réfléchir au lieu et vérifier qu’elle dormait...

Mon cœur est brisé et étonnamment, seule l'idée que vous ayez mis fin à votre calvaire lorsque que vous l’avez décidé, allège un tantinet ma tristesse et l'impression de néant qui m'entoure à l’instant.

Je regrette que les lois de ce pays ne permettent pas de mourir sereinement chez soi au milieu de ses proches... Lorsque notre histoire sera écrite, qui sait si cette épineuse question d'euthanasie ne deviendra pas mon cheval de bataille ??? L'avenir me le révélera. Aujourd'hui au surlendemain « de ta mise en boîte » comme tu disais en souriant, je ne vois pas au loin. Plus grave, je respire l'instant présent et je noircis ces quelques lignes. Ecrits salvateurs ? Ecrits pour un homme secret, au caractère hors du commun ? Ecrits pour ceux qui ne connaissaient pas certaines facettes ? Ecrits cependant incomplets puisque tes secrets les plus intimes resteront à jamais dans ton esprit et certains autres dans le mien.

Toi, qui m'obligeais souvent à utiliser mes petites cellules grises pour analyser avant d'ouvrir la bouche, tu serais à la fois surpris et content de remarquer les progrès réalisés. Je ne te remercierai jamais assez de m'avoir permis de porter un jugement sur mon être profond, en faisant apparaître mes qualités, mes défauts et savoir exploiter les premiers sans ignorer les seconds.
Mon grand Amour, vous avez été à la fois, un aimant, un maître, un ami, un partenaire de tous les instants ; avec vous, j'ai compris la vraie signification d'échanges et réciprocité.
Merci, merci... D'une demi-femme, vous avez modelé une femme aboutie ; à l'orée de mes cinquante ans, je me sens enfin entière.
Vous désiriez que j'enferme tous nos souvenirs dans un tiroir que je n'ouvrirai plus... Mon Amour, je ne le veux pas ; ce tiroir restera à jamais entrebâillé afin d'y puiser la force qui me fera défaut à certains instants de ma vie.


Le 24/02/2014 à 21h

Le jour du 22 février 2014 près du trou et de ta boîte, après la lecture d’une autre femme de ta vie et celle magistrale de Michel d'un texte écrit par Pierre, j'ai réussi à m'approcher de toi et une main sur le cercueil, j'ai parlé de toi, de nous sans fléchir, sans texte préétabli... Tout est venu du cœur et lorsque la raison résonne avec lui, tout est clair ; les mots puis les phrases s'enchaînent avec une facilité déconcertante. Je ne me souviens plus réellement de mes paroles... elles ressemblaient à :

« Mon Magnifique, lorsque je t'ai vu, j'ai su que c'était toi ; que c'était nous mais deux heures plus tard, j’étais sans voix lorsque tu m'as dit : « Trottinette, j’ai le luxe de t’aimer mais toi, tu ne l’as pas ». J’ai cru un instant que tu étais marié mais non ; pourtant cela aurait été moins douloureux… Vous m’appreniez qu’un cancer du foie vous programmait une espérance de vie entre 6 et 24 mois seulement que ce serait vous qui déciderez d’appuyer sur le bouton off. Sous le coup de cette annonce si étrange pour une première rencontre, j’ai pleuré. Après quelques jours de réflexion, j’ai décidé de poursuivre l’aventure : à l’amour, à la vie, à la mort… Après ton bilan de santé, tu as enchainé sur les femmes de ta vie : tes deux premières filles vivant en Belgique et la petite dernière qui vit non loin de toi et de sa mère. Une fois ces deux réalités posées, ce furent 20 mois d’amour, de respect, d’échange et d’humour et jusqu’à la fin, tu as lutté en conservant ton sens de l’autodérision. Tu m’avais demandé d’être forte mais aujourd’hui, je ne peux l’être et je pleure. Notre histoire me fait penser au film des Ch’tis ; on pleure deux fois : la première lorsqu’on arrive et la seconde lorsqu’on s’en va »

Mon souvenir des mots réellement employés reste assez flou cependant ce dont je suis certaine, c’était ta présence à mes côtés m’évitant de craquer. Ton enterrement était certainement à ton goût avec l’hommage de ta vie suggéré par Pierre et Angélica : boire un coup à ta santé (humour noir comme tu l’aimais !!!). Tous les gens présents, croque-mort compris, ont bu un verre et certains ont même jeté le gobelet dans ton trou près de la seule fleur, le lys blanc de Sarah…

Un enterrement à ton image : loin des religions, simple, sobre (ou presque), surprenant ; un seul mot : Magnifique !!!




Je relis le texte de Pierre, déclamé par Michel ; tout est écrit, tout est juste.
Il est le texte d’un ami, lu par un autre ami et devant tous les gens que tu aimais et pour ceux qui n’avaient pas pu se déplacer mais qui pensaient à toi… Il me serait impossible d’écrire moi-même sur ces 20 mois sans l’inclure ici et maintenant :



Bernard,

Comme tu aurais été heureux de voir rassemblées autour de toi, les personnes que tu aimais !!!
Mais nous sommes certains que tu eus préféré les accueillir autour d’une bonne table. Car tu aimais la compagnie, tu aimais faire bonne chère et tu n’étais jamais économe de bons vins et de bonnes paroles.

Tu n’hésitais jamais à offrir un verre, un repas à un ami ou à une simple connaissance de passage. Et ces gens, tu les marquais par ton accueil.
Chaque fois que nous retournons à Minsk, il nous est demandé de tes nouvelles et à cet instant précis, une bougie y brûle pour toi.

Tu appréciais un auditoire attentif à tes paroles et parfois, tu laissais ton imagination débordante voguer au gré du Tarn ou des verres de vin et nous apprenions dubitatifs (mais pas toujours), de nouveaux faits d’armes ou quelques anecdotes mettant en scène des proches ou toi-même.
Cela faisait partie de toi, de ton charme mais dans ces moments où tu te laissais dépasser par ton imagination, le côté positif des choses et l’humour prenaient toujours le dessus.

L’humour, une qualité que tu appréciais par-dessus tout et que tu maniais allègrement.
Nous nous souvenons de parties de pêche mémorables pendant lesquelles la barque tremblait de rire et encore tout dernièrement d’une partie de cartes inoubliable.
Nous n’oublierons pas tes réflexions et tes bons mots.

Depuis 2 ans, tu te savais condamné à court terme. Tu n’as rien voulu changer dans ta vie et tu as fait contre mauvaise fortune bon cœur : Chapeau Biloute !!! Il fallait le faire !!!

C’est à ce moment que tu as rencontré une autre femme de ta vie. Valérie t’a beaucoup aimé et tu le lui rendais bien.
Finalement, c’est elle qui a eu le dernier bon mot : Elle te trouvait magnifique, fallait-il qu’elle fût aveugle… ou amoureuse !!! Et pourtant, réflexion faite, elle n’avait pas tort !!!
C’est biète la vie, mais nous ne t’oublierons pas de sitôt.

PS : Seuls les poissons du Tarn se réjouissent mais nous te vengerons et les poursuivrons en pensant à toi mais « m’Biau » que tu nous manqueras.
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V.V.W

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